Pierre-Yves faucher
MUSIQUE – Quand l’heure de la retraite a sonné, la plupart d’entre nous occupent nos temps libres avec des activités qu’on n’avait pas le temps de faire ou consacrent du temps aux petits-enfants. En temps de pénurie de main-d’œuvre, les entreprises engagent des personnes âgées ayant les capacités physiques et mentales pour effectuer les tâches exigées.
Tromper l’ennui et se sentir utile, et parfois des besoins pécuniaires, font partie des motivations pour demeurer sur le marché du travail. Mais qu’en est-il des chanteurs et musiciens dont les capacités physiques et mentales sont tellement diminuées que le produit ne correspond plus aux exigences de qualité auxquelles ils nous ont habitués?
Dans un article précédent dans le Montérégien, j’avais traité des séquelles du vieillissement sur les artistes (Bienvenue à mon cauchemar : les morts-vivants du rock sont parmi nous !). On se rappelle de quelques musiciens qui finissent par jouer assis (John Lee Hooker, B.B. King et plus récemment Peter Frampton.
Il y a aussi les chanteurs qui souffrent de la maladie d’Alzheimer comme Tony Bennett au Cabaret du Casino de Montréal en 2015 qui avait selon le reportage de La Presse « la voix chevrotante, incapable de soutenir les finales. Il a interprété sept chansons puis il a invoqué une laryngite avant de quitter la scène où il avait passé moins de 35 minutes ».
En 2014, B.B. King à 89 ans, victime d’un problème de glycémie lié à son diabète, avait oublié des paroles et parlé davantage que joué au cours de son concert en salle au Festival international de jazz de Montréal. Le festival avait admis que le guitariste avait offert une performance «déclinante».
Des chanteurs qui s’en tirent plutôt mal
Le refus d’accepter la réalité et l’obsession de l’éternelle jeunesse motivent bien des artistes à se faire charcuter le visage, à se teindre les cheveux ou à s’en faire greffer pour continuer à travailler dans l’industrie du spectacle. Le résultat n’est pas souvent heureux.
Les musiciens n’échappent pas au vieillissement naturel, à l’usure de la voix et aux conséquences des excès du mode de vie de la scène rock. Leur présence sur scène est souvent gênante. C’est le cas du chanteur du groupe Mötley Crüe Vince Neil (65 ans), qui au fil des ans a subi une série d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). Ces problèmes de santé affectent son énergie globale, son souffle et sa coordination.
Du côté américain, Johnny Cash, à 70 ans, qui a enregistré la chanson Hurt du groupe Nine Inch Nails en 2002 est un autre exemple de voix usée. Son interprétation est poignante et malgré la voix éteinte, les émotions transmises sont à jeter par terre. En 1997, on lui a diagnostiqué une maladie neurodégénérative. L’année suivante, il est hospitalisé pour une pneumonie sévère qui endommage ses reins. Il est décédé en 2003.
Dans les manchettes actuellement, Jon Bon Jovi et David Lee Roth (71 ans) annulent des spectacles pour des raisons de santé ou pour des ventes de billets décevantes. Il est facile de faire le lien de cause à effet avec les clips relayés par les réseaux sociaux.
D’autres comme Don Henley (The Eagles) utilisent des bandes sonores pour remplacer leur voix éteinte qui, comme beaucoup d’autres, fait du lipsync en spectacle.
La fin de carrière de certains n’est pas toujours dramatique
C’est tentant de vouloir assister à un spectacle d’une de nos idoles si on ne l’a pas vu au sommet de son art. La déception est souvent au rendez-vous. Ces dernières années, j’avais décidé d’aller voir des artistes québécois que je n’avais jamais vus sur scène.
Pari risqué, mais réussi. J’ai été agréablement surpris par Michel Pagliaro que j’ai vu en 2022 à Bromont en version acoustique. Il nous avait offert à 74 ans une prestation toute en voix avec un jeu de guitare à la hauteur.
En 2023, dans le cadre de sa tournée soulignant le 50e anniversaire de son album Chansons pour un café, Gilles Valiquette nous avait offert à 71 ans une performance exemplaire tant au niveau de la voix que du jeu. Et plus récemment à l’automne 2025, j’ai vu Plume Latraverse chanter (debout) pendant près de deux heures sans manquer une note et livrant ses chansons à texte avec une mémoire impressionnante à 79 ans.
Baisser de tonalité n’est pas une tromperie
De nombreux groupes et chanteurs rock modifient la tonalité de leurs chansons pour s’adapter à l’évolution de leur voix, pour préserver leurs cordes vocales ou pour faciliter une interprétation plus puissante. Les chanteurs de rock qui ont des difficultés avec les refrains originaux les descendent souvent de deux ou trois demi-tons, ce qui leur permet de chanter de manière beaucoup plus assurée.
Robert Plant (Led Zeppelin) incapable à 77 ans de chanter ses parties ultra-aiguës de jeunesse sans forcer, a modifié ses mélodies et chante souvent dans des tonalités abaissées. Il a continué son parcours artistique avec brio, délaissant la flamboyance de ses prestations rock en adoptant des styles moins exigeants au niveau de la voix, que ce soit la musique country, le bluegrass (avec Alison Krauss), le blues et le folk. Une carrière d’une soixantaine d’années gérée de façon intelligente.
Le groupe Metallica accorde régulièrement ses guitares un demi-ton plus bas en concert. Le chanteur James Hetfield peut ainsi chanter les notes aiguës avec moins de tension et plus de confort.
Axl Rose (Guns N’ Roses) est connu pour ses cris suraigus dans les années 1980, sa voix est devenue plus grave et rauque avec les années. De nombreuses chansons du répertoire de leurs débuts sont aujourd’hui chantées dans une approche différente pour convenir à son registre actuel.
La presbyphonie affecte tout le monde
Avec le temps, le corps change, souvent pas pour le mieux. Le vieillissement naturel de la voix, ou presbyphonie *, est causé par l’atrophie musculaire, la perte d’élasticité des tissus et la baisse du souffle. Pour certains spécialistes, la presbyphonie n’est pas une maladie. Il s’agit d’un syndrome qui apparaît avec l’âge et non une pathologie.
Les spécialistes en médecine des arts constatent qu’une calcification progressive des cartilages laryngés se produit dès l’âge de 35 ans. Puis, les filtres élastiques diminuant avec l’âge, entre 55 et 65 ans, la voix perd en souplesse, en modulation et en timbre. Il se produit une atrophie des glandes muqueuses avec sécheresse.
Elle affecte la capacité respiratoire, entraînant une voix plus faible, voilée et chevrotante. On parle également de l’altération de l’ensemble des notes qu’une voix peut émettre confortablement. De plus, la perte de souplesse de la mâchoire et les changements de dentition affectent la résonance des voyelles et l’articulation.
Chez les femmes, la ménopause amincit les cordes vocales, tandis que chez les hommes, les androgènes diminués peuvent rendre les cordes vocales plus fines.
La loi du marché
Je ne suis pas contre ceux qui sont accros aux applaudissements et à la reconnaissance des fans. La vraie retraite va sonner quand plus personne ne se présentera aux concerts. Laissons la loi impitoyable du marché faire son oeuvre.
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* Les informations sur le sujet proviennent de plusieurs sites Internet de cliniques spécialisées.
