L’exposition Pink Floyd à Montréal: en prolongation jusqu’au 5 mars

Pierre-Yves Faucher

MUSIQUE – Depuis quelque temps déjà, je m’intéresse aux biographies de groupes musicaux ou d’artistes solos ainsi qu’à leur processus créatif. Ce sont la plupart du temps mes lectures de vacances. Pete Townshend, Eric Clapton, B.B. King, Gerry Boulet, Keith Richards, Paul McCartney et j’en passe. L’été dernier, je me suis plongé dans l’univers de Pink Floyd avec le livre de Nick Mason, « Inside Out: A Personal History of Pink Floyd ».

Toutes ces biographies ne sont habituellement pas accompagnées d’une présentation d’artéfacts et de témoignages audiovisuels qui font le tour du monde. J’ai donc saisi l’occasion pour visiter l’exposition « The Pink Floyd Exhibition : Their mortal Remains » (L’exposition Pink Floyd : Leurs dépouilles mortelles) dont le titre est tiré des paroles de la chanson Nobody Home sur l’album The Wall. Elle est présentée actuellement à l’Arsenal, un centre consacré à l’art contemporain situé dans le quartier Griffintown à Montréal.

Une expérience plus grande que nature

L’exposition est organisée par le concepteur graphique Aubrey Powell et le batteur du groupe Nick Mason. Powell créa à Londres en 1968 le collectif de graphisme Hipgnosis en collaboration avec feu Storm Thogerson. Ce duo créatif acquit rapidement une notoriété internationale par la production de pochettes d’album dans les années 70 pour entre autres les groupes Yes, Genesis, Black Sabbath et Led Zeppelin. Les organisateurs de l’exposition ont fait appel aux services de la firme Stufish, Entertainment Architects (architectes du divertissement) pour la conception et la mise en scène.

Montréal est la sixième étape de cette exposition itinérante présentée en premier lieu à Londres en 2017. Par la suite, elle s’est déplacée à Rome, Dortmund (Allemagne), Madrid et Los Angeles. Les organisateurs prévoient la présenter pendant 10 ans.

La collection comprend plus de 350 objets fournis par le groupe et leurs collaborateurs. Les différentes stations soulignent les différentes étapes de création liées aux albums et offrent des entrevues avec les musiciens et des extraits de spectacle. Des instruments de musique et toute la quincaillerie électronique qui ont servi à exprimer leurs explorations sonores sont des éléments importants de la présentation.

J’ai souvenir encore…

Mon premier véritable contact avec le groupe s’est concrétisé par une invitation à écouter Atom Heart Mother, leur cinquième album studio. Ce fut un choc pour mes oreilles d’adolescent qui n’en avaient que pour les Beatles et leurs chansons à 2 minutes et des poussières, couplet-couplet-pont-refrain-couplet-refrain. Ma seule fréquentation avec la musique expérimentale n’avait été jusqu’alors que la pièce Revolution Number 9 de l’album blanc des Beatles.

En ouverture d’album, la chanson éponyme est une pièce en six parties d’une durée de 23 minutes 38 secondes qui parcourait toute la première face du vinyle. Cette suite instrumentale aux accents symphoniques, mélancoliques, de rock progressif et de folk comprend un choeur et une section de cuivres.

Je n’avais aucun point de repère avec cette musique avant-gardiste qui défiait toutes les règles du formatage des stations de radio et des standards d’écriture de musique pop. Pensant bien que cette pièce demeurerait une exploration unique en son genre, le groupe récidive sur l’album suivant Meddle avec la pièce Echoes qui parcourt toute la face 2 du vinyle avec ses 23 minutes 30 secondes.

Pièce maîtresse de leur prestation filmée en direct (sans spectateurs) Pink Floyd : Live at Pompeii (1972) c’est à ce moment que la révélation de leur grand talent m’a sauté aux yeux (et aux oreilles).

Une évolution artistique rapide

Quel chemin parcouru en six ans à partir de 1967 pour aboutir au succès gigantesque du monumental Dark Side of the Moon en 1973. Bien des gens ont été impressionnés par l’évolution fulgurante des Beatles entre les chansons de type « Yeah, Yeah, Yeah » (1964) et le fabuleux album Abbey Road (1970). Dans le cas de Pink Floyd, j’y vois une similitude dans la courbe exponentielle de leur expression artistique.

C’est une exposition riche, généreuse qui nous offre une visite immersive tant visuelle que sonore. Cette rétrospective de tous les aspects artistiques entourant le groupe, dont les productions visuelles incluant les pochettes de disque, les animations et les vidéos, comprend aussi plusieurs éléments de décor qui ont servi à meubler de façon grandiose la scène et l’espace aérien des stades dans le cadre de leurs tournées.

Pour tous ceux et celles qui connaissent peu Pink Floyd, il s’agit d’une belle occasion pour s’imprégner de l’univers d’un groupe imaginatif, innovateur et sans compromis.

« The Pink Floyd Exhibition : Their Mortal Remains »
Arsenal art contemporain Montréal, a déjà attiré plus de 62 000 visiteurs. En prolongation jusqu’au 5 mars 2023.

Les principaux concerts

Pink Floyd, Live at Pompeii (1972)
Pulse, Earls Court, Londres (1994)
Pink Floyd : The Wall (1999)
David Gilmour Live at Pompeii (2016)